Vestiges du Bastion n1 restauré en 1987 (échangeur de Bercy) - (P.Unplugged/De.Phoebus)
1841 - Désireux d'éviter une nouvelle invasion de Paris après le désastre de 1814, Adolphe Tiers, Ministre d'Etat décrète la construction d'une enceinte fortifiée autour de la Capitale.
Des milliers d'ouvriers venus de toute la France débarquent pour commencer des travaux qui dureront quatre ans. Organisé selon les préceptes de Vauban, l'ouvrage de 34 km de circonférence est constitué de 94 bastions surplombants un fossé de 10 mètres de profondeur et large de 40, au delà duquel s'étendait une zone non constructible d'environs 200 mètres.
Vu de dessus, l'ouvrage encerclait Paris à la façon de créneaux de châteaux fort.

fortifications Porte de Versailles - Gallica.bnf.fr

Rêve de général en retard d'une guerre, l'enceinte permettra tout de même de tenir les Prussiens à distance après la défaite de Sedan et le siège de Paris en 1870.
Affamés au point qu'on ne trouvait plus un rat dans les rues, les parisiens capitulèrent au bout de 119 jours. L'expérience démontra que les nouvelles pièces d'artilleries à longue portée rendaient ce type de défense obsolète. Les "fortifs" furent donc plus ou moins laissées à l'abandon.

Hélas, dès la fin du XIXe siècle, la crise du logement repousse une partie de la population aux portes de la Ville. Une nouvelle vie s'organise au coeur de l'enceinte, devenue le refuge d'une population d'ouvriers et de chiffonniers. La loi interdisant les constructions en "dur", le fossé verra fleurir nombre de cabanes, roulottes et potagers.
Pour l'anecdote, cette zone entre Paris et sa banlieue abritait aussi son lot de malfrats et d'"Apaches", d'où sa réputation sulfureuse.
L'expression "C'est la Zone..." pour désigner un lieu pas terrible vient donc de là !

Convaincues d'inutilité publique, les fortifs furent rachetées par la ville à l'armée en 1919, puis démolies au fur et à mesure au cours de la décennie suivante.
Les anciens bastions cédèrent la place aux HLMs en brique rouge disposés sur les boulevards des Maréchaux. Quant à la zone "non aedificandi", les derniers occupants furent chassés dans les années 50 pour permettre la construction du Boulevard Périphérique.

On peut encore aujourd'hui trouver quelques traces de cet énorme monument disparu, si présent dans la vie des Parisiens 1900. Boulevard Poniatowski, au niveau de l'échangeur de Bercy, le Bastion 1 a été sauvé de la démolition et restauré.(photo ci dessus). Porte de Clichy, derrière l'Hotel Campanile, les Bastions 44 et 45 sont toujours là. Le fossé a été comblé depuis, mais il subsiste encore 3/4 mètres de hauteur encore visible. Je recommande aux curieux d'aller y jeter un coup d'oeil.

Je suis toujours ému en contemplant ces vestiges absorbés par le gigantisme de la modernité. Témoins silencieux d'une époque révolue chantée par Fréhel, Aristide Bruant ou Damia, ces pierres oubliées nous invitent à nous pencher sur le quotidien de nos prédécesseurs, qui, hissés sur les remparts, pouvaient chacun se targuer de posséder son morceau de campagne.

Pour en savoir plus, je recommande vivement "Sur les traces des Enceintes de Paris" aux Editions Parigrammes

En attendant, de nombreuses photos vous attendent ici, ainsi qu'un documentaire passionnant sur l'évolution de la physionomie de la bordure Parisienne, des "fortifs" au "périph".


http://paris-unplugged.blogspot.com/2011/03/1840-1973-documentaire-au-bord-de-paris.html
Porte d'Arcueil
Porte de Pantin
Porte de Clichy
Pont National

Pont de Flandres (19e adt)
Porte de Montreuil
Porte de Montmartre
Vers la porte de Sèvres
Route de Saint Mandé
Porte de Sèvres (Balard)
Porte de Clignancourt
Porte de la Chapelle
Porte de Vanves



Porte des Ternes fermée
Porte des Ternes

Chargement en cours